L’annonce du 23 avril 2026 a fait la une des médias : « fin des chaudières gaz dans le neuf en 2027 ». La précision qui compte et qui change la donne pour les particuliers se trouve dans l’entretien de Maud Bregeon au Parisien du 10 avril : la mesure s’applique aux permis de construire déposés à partir du 1er janvier 2027. Mais attention : la RE2020 en vigueur depuis le 1er janvier 2022 interdisait déjà, de fait, le gaz en chauffage principal dans le neuf. Ce que ferme réellement le plan d’électrification 2026, c’est la porte qui restait ouverte : la PAC hybride avec appoint gaz. Ce guide explique ce qui change concrètement, pour qui, et comment anticiper.
Ce que disait déjà la RE2020 depuis le 1er janvier 2022
La Réglementation Environnementale 2020 a remplacé la RT2012 pour toutes les constructions neuves déposées à partir du 1er janvier 2022 (maison individuelle) et du 1er juillet 2022 (logement collectif).
Son apport majeur est un plafond de 4 kg d’équivalent CO2 par m² et par an pour les maisons individuelles. Avec cette contrainte, une chaudière gaz classique ne peut plus, mécaniquement, être le chauffage principal : ses émissions dépassent le seuil dès qu’elle couvre la majorité des besoins de chauffage.
Dans la pratique, cela a conduit les constructeurs et les maîtres d’ouvrage à se tourner vers :
- La pompe à chaleur air/eau, devenue la solution par défaut ;
- La PAC géothermique (eau/eau, sol/eau), moins fréquente car plus coûteuse à installer ;
- Le réseau de chaleur urbain quand il est disponible ;
- Le bois énergie (poêle à granulés, chaudière biomasse) dans certaines configurations ;
- L’effet Joule (radiateurs électriques) très contraint par le plafond carbone, donc rarement retenu en maison individuelle.
Ce qui restait possible malgré tout : la PAC hybride, c’est-à-dire une PAC air/eau couplée à un appoint gaz qui se déclenche dans les pointes de froid. Ce système permettait de rester sous le plafond carbone tout en conservant la flexibilité du gaz. Il était particulièrement apprécié dans les logements collectifs neufs où la tolérance est un peu plus large.
Ce qui change vraiment en 2027
Le plan d’électrification 2026 ferme cette dernière ouverture. À partir des permis de construire déposés au 1er janvier 2027, la chaudière gaz est interdite dans le neuf, y compris en appoint d’un système hybride.
Concrètement, les conséquences sont les suivantes :
Pour les maisons individuelles. La PAC air/eau ou géothermique devient la norme absolue. Les solutions alternatives pertinentes dépendent du contexte (raccordement réseau de chaleur si disponible, bois énergie dans certaines zones rurales, solaire thermique en complément).
Pour le logement collectif. C’est le changement le plus marqué. Jusqu’ici, beaucoup de programmes neufs collectifs misaient sur la PAC hybride en chaufferie centralisée. À partir de 2027, ces choix deviennent caducs. Les alternatives disponibles : chaufferie PAC collective (air/eau ou géothermique), raccordement à un réseau de chaleur urbain (là où il existe), chauffage individuel 100 % électrique (avec contraintes d’isolation accrues).
Pour les extensions et les rénovations lourdes. Le texte du plan ne distingue pas explicitement les cas particuliers au 24 avril 2026. Les décrets et arrêtés d’application, qui restent à paraître, préciseront le régime applicable aux extensions et aux modifications substantielles de permis déjà accordés.
Le calendrier à retenir : c’est la date de dépôt du permis de construire qui fait foi, pas la date de livraison ni la date de début des travaux. Un permis déposé le 15 décembre 2026 peut encore intégrer une chaudière gaz, même si la maison n’est livrée qu’en 2028. Un permis déposé le 5 janvier 2027 tombe sous la nouvelle règle.
Mon logement ancien est-il concerné ?
Non. Le plan d’électrification du 23 avril 2026 concerne uniquement le neuf. Dans un logement existant :
- Vous pouvez conserver votre chaudière gaz actuelle,
- Vous pouvez la réparer, la faire entretenir,
- Vous pouvez la remplacer par une autre chaudière gaz si vous le souhaitez.
Mais les aides publiques (MaPrimeRénov’ et CEE) sont massivement orientées vers la sortie du gaz. Remplacer une chaudière gaz par une PAC ouvre droit à des aides substantielles, alors que remplacer une chaudière gaz par une autre chaudière gaz n’ouvre droit à presque rien. Concrètement, sans aide, le surcoût initial d’une PAC est aujourd’hui tel que beaucoup de ménages modestes se retrouvent « prisonniers » du gaz dans l’ancien. C’est précisément ce problème que le leasing social pompe à chaleur, annoncé dans le même plan, cherche à adresser.
Quelles alternatives dans le neuf ?
Le choix dépend de la localisation, de la taille du projet et du budget. Tour d’horizon.
La PAC air/eau. Solution majoritairement retenue. Coût installation 10 à 15 000 € en maison individuelle neuve. Convient bien à des logements bien isolés RE2020, avec plancher chauffant basse température ou radiateurs dimensionnés pour le régime PAC.
La PAC géothermique (sol/eau, eau/eau). Plus discrète, plus performante sur la durée, mais coût d’installation nettement supérieur (18 à 30 000 € avec forage ou captage). Surtout rentable sur des grandes surfaces ou dans des zones où l’air/eau est mal accepté (bruit, esthétique).
L’effet Joule direct (radiateurs électriques). Autorisé en RE2020 mais très contraint par le plafond carbone sur l’énergie primaire (surtout en maison individuelle). Peut convenir en petit logement très bien isolé, rarement en maison classique.
Le réseau de chaleur urbain. Quand disponible, souvent la meilleure option économique et environnementale. Liste consultable sur le site du ministère de la Transition écologique et auprès de votre mairie.
Le solaire thermique. En complément d’une PAC ou d’un chauffe-eau thermodynamique, rarement en principal sauf Sud de la France et configurations spécifiques.
Le bois énergie — cas particulier. Le bois (poêle à granulés à régulation automatique, poêle à bûches performant, chaudière biomasse) reste éligible en chauffage principal dans le cadre RE2020, son bilan carbone étant favorable. En revanche, le plan d’électrification 2026 ne soutient pas explicitement cette solution pour le neuf. Les chaudières biomasse sont sorties de MaPrimeRénov’ par geste depuis le 1er janvier 2026. Les poêles à granulés à régulation automatique restent éligibles à MaPrimeRénov’ par geste jusqu’au 31 décembre 2026, mais leur sort après cette date n’est pas tranché. En pratique, choisir le bois dans un neuf 2027 reste techniquement possible, mais l’équation économique se dégrade.
Et si j’ai déjà déposé mon permis en 2026 ?
La règle d’application se fait à la date de dépôt du permis de construire, comme précisé par Maud Bregeon. Trois cas à distinguer :
Permis déposé avant le 1er janvier 2027. Votre projet suit la réglementation en vigueur au dépôt, y compris la possibilité d’intégrer une PAC hybride avec appoint gaz. Le fait que la livraison ait lieu en 2027 ou 2028 ne change rien.
Permis modifié (modification ou transfert) après le 1er janvier 2027. Zone grise. Certaines modifications substantielles peuvent requalifier la demande et déclencher l’application du nouveau régime. À vérifier au cas par cas avec votre maître d’œuvre ou votre mairie.
Permis annulé puis redéposé après le 1er janvier 2027. Application du nouveau régime.
Notre conseil si vous êtes en phase de conception fin 2026 : si votre projet est mûr et que votre maître d’œuvre est prêt, déposer le permis avant le 31 décembre 2026 vous donne 12 mois de flexibilité supplémentaire sur le choix du système de chauffage. Ce n’est pas une fraude à la loi : c’est l’application normale du droit, et c’est un levier de ménagement technique particulièrement utile si vous envisagiez une PAC hybride.
Questions fréquentes
Je construis une extension en 2027, suis-je concerné ? La question dépend du régime juridique de votre extension (simple déclaration préalable, permis modificatif, permis nouveau). Pour une extension de moins de 20 m² avec déclaration préalable, le régime RE2020 ne s’applique généralement pas. Pour une extension de grande ampleur nécessitant un permis, vous entrez dans le nouveau régime si le dépôt est postérieur au 1er janvier 2027. Les détails seront précisés par arrêté dans les mois qui viennent.
Les constructions bois avec poêle à granulés restent-elles permises ? Oui. Le bois énergie n’est pas interdit par le plan d’électrification. Il est simplement moins soutenu financièrement. Un poêle à granulés à régulation automatique reste un choix légitime dans un neuf, surtout en zone rurale ou en ossature bois. Voir notre comparatif poêle à granulés vs pompe à chaleur.
Puis-je anticiper un dépôt de permis en décembre 2026 ? Oui, sous réserve que votre projet soit prêt. Attention : un permis déposé doit être « complet ». Un dossier incomplet déposé in extremis à la mairie est retourné au demandeur et peut basculer de fait dans le nouveau régime si la ré-instruction intervient en 2027.
Le gaz de ville reste-t-il autorisé pour la cuisine ? Oui, rien n’interdit le raccordement gaz pour la cuisson, y compris dans le neuf postérieur à 2027. La mesure cible les équipements de chauffage et d’eau chaude sanitaire. En revanche, le coût de raccordement au réseau de gaz pour un simple poste cuisine peut ne pas être économiquement pertinent : l’induction électrique devient le standard de fait dans beaucoup de constructions neuves.
Les chaudières à hydrogène sont-elles concernées ? Le plan ne détaille pas ce point. Les chaudières à hydrogène pur restent très marginales en France et aucune filière industrielle structurée n’existe à grande échelle pour le résidentiel. Le gaz de ville futur « hydrogène » (mélanges) reste hypothétique à horizon 2030.
Ma construction est hors permis de construire (tiny house, yourte, etc.). Je suis concerné ? Hors champ du permis de construire, la RE2020 ne s’applique pas, et donc la nouvelle interdiction non plus. Mais ces cas restent marginaux et ne représentent pas un scénario réplicable à grande échelle.
Pour aller plus loin
- Plan d’électrification 2026 : les 22 mesures qui changent votre chauffage
- Leasing social pompe à chaleur : ce qu’on sait au 23 avril 2026
- 100 territoires zéro gaz : ce que prévoit le plan d’électrification
- Poêle à granulés vs pompe à chaleur : comparatif
- Aides à la rénovation énergétique 2026
Sources : plan d’électrification du 23 avril 2026 (info.gouv.fr), entretien Maud Bregeon au Parisien (10 avril 2026), textes RE2020 (Arrêté du 4 août 2021 relatif aux exigences de performance énergétique et environnementale des constructions de bâtiments en France métropolitaine).